Bâti HALLI, maçon à Toulouse Bâti HALLI

· par Mustapha Halli

Fissures de sécheresse : faire jouer la catastrophe naturelle

Fissures après une sécheresse à Toulouse ? Arrêté, déclaration sous 30 jours, franchise de 1 520 €, expertise, travaux : l’indemnisation étape par étape.

Mustapha Halli, fondateur et maçon chez Bâti HALLI, 30 ans de maçonnerie à Toulouse.

Un été sec, puis des fissures qui s’ouvrent sur la façade ou à l’angle d’une baie. Autour de Toulouse, le scénario se répète chaque année. L’indemnisation des fissures liées à la sécheresse existe, mais elle passe par une procédure précise : un arrêté de catastrophe naturelle, une déclaration dans les délais, une expertise. Voici comment la mener sans rien laisser passer.

En bref, Pour être indemnisé de fissures dues à la sécheresse, votre commune doit avoir été reconnue en état de catastrophe naturelle par un arrêté interministériel publié au Journal officiel. Vous disposez ensuite de 30 jours pour déclarer le sinistre à votre assureur habitation. Une franchise de 1 520 € reste à votre charge, et l’indemnité doit servir à remettre réellement la maison en état, conformément au rapport d’expertise.

Pourquoi la sécheresse fissure les maisons toulousaines

La Haute-Garonne est l’un des départements les plus exposés au retrait-gonflement des argiles. Le mécanisme est simple : en été, le sol argileux perd son eau et se rétracte ; à l’automne, il se regonfle. Les fondations suivent ce mouvement, et rarement de façon uniforme. Un côté de la maison tasse plus que l’autre, et la maçonnerie se déchire là où elle est la plus faible : angles de baies, jonctions entre deux corps de bâtiment, raccords d’extension.

Les maisons les plus touchées sont celles des années 60 et 70, construites sur des semelles filantes peu profondes, sans chaînage suffisant, à Colomiers, Tournefeuille ou Cugnaux comme dans les quartiers pavillonnaires de Toulouse. Un arbre planté trop près du mur ou un drainage défaillant aggrave le phénomène en asséchant le sol d’un seul côté.

Le signe typique est la fissure en escalier qui suit les joints de la brique ou du parpaing, souvent plus ouverte en haut qu’en bas. Nous détaillons la manière de lire ces désordres dans notre article sur les fondations en sol argileux à Toulouse.

Ce que couvre la garantie catastrophe naturelle

La garantie catastrophe naturelle, dite CatNat, est incluse d’office dans tout contrat d’assurance habitation couvrant les dommages aux biens. Elle prend en charge les dommages matériels directs causés au bâtiment assuré par un phénomène naturel d’intensité anormale, en l’occurrence la sécheresse et la réhydratation des sols.

Depuis le 1er janvier 2024, la réglementation a précisé le périmètre pour les sinistres liés au retrait-gonflement des argiles. Sont couverts les désordres susceptibles d’affecter la solidité du bâti ou d’entraver son utilisation normale, y compris ceux qui risquent d’évoluer défavorablement. Autrement dit : une fissure structurelle, oui ; un faïençage d’enduit purement esthétique, non.

Sont en revanche exclus, sauf s’ils font indissociablement corps avec les fondations, l’ossature ou le clos et couvert de la maison :

  • les garages et abris de jardin indépendants ;
  • les terrasses et dallages extérieurs ;
  • les murs de clôture ;
  • les piscines.

Les dommages antérieurs à l’épisode reconnu ne sont pas indemnisés. Enfin, si la maison devient inhabitable, les frais de relogement peuvent être pris en charge pendant six mois au maximum pour les sinistres survenus depuis le 1er novembre 2023.

L’arrêté de catastrophe naturelle : la condition préalable

Sans arrêté, pas de garantie CatNat. C’est la commune qui dépose la demande de reconnaissance auprès de la préfecture, et elle dispose en principe de 24 mois après l’événement pour le faire. Le dossier est ensuite examiné par une commission interministérielle, sur des critères météorologiques et géotechniques. Si la commune est reconnue, l’arrêté paraît au Journal officiel, en général plusieurs mois après l’été concerné.

Deux réflexes s’imposent dès l’apparition des fissures :

  1. Signaler le sinistre en mairie, par écrit. Plus la commune reçoit de signalements, plus elle est fondée à demander la reconnaissance.
  2. Surveiller la publication de l’arrêté. Le site public Géorisques permet de consulter l’historique des arrêtés de catastrophe naturelle pour chaque commune, et le niveau d’exposition de votre parcelle au retrait-gonflement des argiles.

Vérifiez bien que l’arrêté vise votre commune, le bon phénomène (« mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols ») et la bonne période.

Déclarer le sinistre : 30 jours, pas un de plus

Dès la parution de l’arrêté, vous avez 30 jours pour déclarer le sinistre à votre assureur. Passé ce délai, la garantie peut vous être refusée. Envoyez un courrier recommandé avec accusé de réception, ou utilisez l’espace client si votre assureur en conserve une trace horodatée.

Le dossier de déclaration doit contenir :

  • vos coordonnées et le numéro de contrat ;
  • la référence de l’arrêté et sa date de publication ;
  • une description précise des désordres : localisation, longueur, largeur, date d’apparition ;
  • des photos datées, si possible avec un repère d’échelle ;
  • les relevés de vos témoins ou jauges, s’il y en a ;
  • les devis de réparation déjà obtenus, sans que cela vous engage.

Surtout, ne rebouchez rien avant le passage de l’expert. Une fissure enduite n’est plus une preuve. Notre article sur les fissures à Toulouse et les signes qui doivent alerter explique comment poser un témoin et documenter l’évolution d’un désordre.

Les délais à connaître, de la sécheresse au versement

ÉtapeDélaiQui agit
Demande de reconnaissancejusqu’à 24 mois après l’événementla commune
Déclaration du sinistre30 jours après la publication de l’arrêté au Journal officielvous
Missionnement d’un expert et information sur les garanties du contrat1 mois après la déclarationl’assureur
Proposition d’indemnisation1 mois après la remise du rapport d’expertisel’assureur
Versement de l’indemnité21 jours après votre accordl’assureur
Engagement des travaux de remise en état24 moisvous

Ces délais s’appliquent aux sinistres déclarés depuis le 1er janvier 2023. Ils sont donnés à titre indicatif : votre contrat et la fiche officielle de service-public.fr font foi.

L’expertise : ce que l’expert cherche, ce que vous devez préparer

L’expert mandaté par l’assureur a une question centrale : les fissures sont-elles bien la conséquence de la sécheresse reconnue, et non d’une autre cause ? Il regarde la nature du sol, la profondeur et le type des fondations, la présence de végétation, l’état des réseaux d’eau enterrés, l’historique du bâtiment. Il distingue les désordres nouveaux des désordres anciens, et les structurels des esthétiques.

Pour que la visite se passe bien :

  • préparez un plan de la maison avec l’emplacement de chaque fissure ;
  • rassemblez les photos dans l’ordre chronologique ;
  • montrez les témoins posés et leurs dates ;
  • listez les travaux réalisés depuis la construction (extension, ouverture de mur, terrasse) ;
  • soyez présent, ou faites-vous accompagner par un professionnel du bâtiment.

Vous pouvez aussi mandater un expert d’assuré à vos frais si les conclusions vous semblent contestables. Sur les dossiers que nous suivons, notre rôle est d’objectiver le désordre : mesures, relevés, hypothèses sur la cause. La page réparation de fissures à Toulouse décrit cette méthode, du diagnostic à la reprise.

Sur nos chantiers toulousains

Le cas le plus fréquent, nous le rencontrons sur des pavillons des années 70 de la périphérie ouest : des fissures qui s’ouvrent en fin d’été à l’angle d’une baie, se referment à moitié après les pluies d’automne, puis reviennent plus larges l’été suivant.

La deuxième situation classique est la fissure rebouchée « pour faire propre » avant l’expertise. L’expert constate un enduit neuf, ne peut plus mesurer l’ouverture ni juger de l’évolution, et le dossier s’affaiblit. Nous demandons toujours de laisser la fissure en l’état jusqu’au rapport.

Enfin, les désordres graves concernent presque toujours des semelles peu profondes sur un sol dont l’humidité varie d’un côté à l’autre : arbre, descente d’eau pluviale fuyante, terrasse récente d’un côté. Traiter la cause fait partie de la réparation, sinon la maçonnerie reprise se fissurera de nouveau.

Franchise, indemnité et obligation de réparer

Pour les dommages liés au retrait-gonflement des argiles sur une habitation, la franchise légale est de 1 520 €, contre 380 € pour les autres catastrophes naturelles. Elle est déduite de l’indemnité proposée.

Depuis 2024, l’indemnité versée pour un sinistre argile doit être affectée à la remise en état effective du bien, conformément aux recommandations du rapport d’expertise. Vous disposez de 24 mois pour engager les travaux et l’assureur peut vous demander les factures. Cette obligation tombe si le coût des réparations dépasse la valeur vénale de la maison. En cas de revente, l’acquéreur doit être informé des travaux indemnisés mais non réalisés.

Le choix de l’entreprise reste le vôtre. Vérifiez sa décennale et demandez-lui de traiter la cause : reprise des fondations, gestion des eaux, reprise armée des maçonneries, puis enduit de façade une fois le bâti stabilisé. Pour une visite technique et un devis détaillé, contactez-nous : les dossiers sinistre avec échéance d’expertise passent en priorité.

Que faire si l’indemnisation est refusée

Un refus peut venir de trois endroits, et chacun appelle une réponse différente.

  • La commune n’est pas reconnue. La garantie CatNat ne joue pas. Certaines communes redéposent une demande après un refus ; renseignez-vous en mairie.
  • L’assureur conteste le lien avec la sécheresse. Demandez le rapport d’expertise complet et une motivation écrite, puis faites établir une contre-expertise. Une expertise contradictoire peut s’organiser entre les deux experts.
  • Le montant proposé est insuffisant. Comparez-le à des devis détaillés d’entreprises assurées. Vous pouvez saisir le service réclamations de l’assureur, puis le Médiateur de l’assurance, avant tout recours judiciaire.

Questions fréquentes

Ma commune n’a pas d’arrêté : puis-je quand même être indemnisé ?

Pas au titre de la garantie catastrophe naturelle : l’arrêté interministériel est la condition d’ouverture de cette garantie. Signalez tout de même vos désordres en mairie, car c’est la commune qui dépose la demande de reconnaissance auprès de la préfecture, et elle dispose de 24 mois après l’événement pour le faire. Un arrêté peut donc encore arriver.

Le délai de 30 jours court à partir de quand ?

À partir de la publication de l’arrêté de reconnaissance au Journal officiel, pas à partir de l’apparition des fissures ni de la demande de la mairie. Comme la publication peut intervenir plusieurs mois après l’été sec, surveillez le site Géorisques et l’affichage en mairie, et préparez votre dossier à l’avance pour déclarer dès la parution.

Mes fissures sont anciennes et l’arrêté vient de sortir : sont-elles couvertes ?

Seuls les dommages causés par l’épisode de sécheresse visé par l’arrêté sont indemnisables. Des fissures antérieures ne le sont pas, mais leur aggravation pendant la période reconnue peut l’être. C’est pour cela que des photos datées et des témoins posés avant l’arrêté font toute la différence devant l’expert.

Puis-je choisir mon maçon pour les travaux de réparation ?

Oui. L’indemnité doit être affectée à la remise en état du bien selon les préconisations du rapport d’expertise, mais le choix de l’entreprise vous appartient. Vérifiez qu’elle est couverte par une assurance décennale et qu’elle traite la cause du désordre, pas seulement la fissure visible, sinon le sinistre se reproduira.

Faut-il attendre l’expertise avant de réparer ?

Oui, sauf mesure d’urgence pour mettre en sécurité les occupants. Reboucher ou enduire avant le passage de l’expert efface la preuve du dommage et de son évolution. Photographiez, posez des témoins, conservez les devis, et ne lancez les travaux qu’une fois le rapport d’expertise et la proposition d’indemnisation en main.

L’essentiel à retenir

L’indemnisation des fissures de sécheresse repose sur une chaîne d’étapes que rien ne peut raccourcir : signalement en mairie, arrêté de catastrophe naturelle, déclaration à l’assureur sous 30 jours, expertise, proposition d’indemnisation déduite d’une franchise de 1 520 €, puis travaux de remise en état dans les 24 mois. Le dossier se gagne en amont, avec des photos datées et des témoins posés tôt, et se perd le plus souvent sur une fissure rebouchée trop vite ou un délai dépassé.

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